La caravane de migrant·e·s : la corruption du capitalisme mise en lumière

Une caravane de milliers de migrant·e·s s’est constituée à Tijuana, à la frontière américano-mexicaine, près de San Diego. Migrant·e·s demandeurs·euses d’asile fuyant la violence dans leurs pays d’origine, le Honduras, le Guatemala et le Salvador, ils/elles ont voyagé pendant des semaines rien que pour atteindre la frontière. À leur arrivée, ils/elles ont été accueilli·e·s avec une frontière militarisée et des gaz lacrymogènes. L’administration Trump a qualifié la caravane d’invasion de terroristes et de gangsters financé·e·s par George Soros. Cependant, les travailleurs·euses doivent voir cette manifestation tragique pour ce qu’elle est vraiment : une mise en accusation du capitalisme mondial.

La réponse de Trump et le manque de réponse des démocrates

À l’approche des élections de mi-mandat, Trump a commandé à la hâte 5 800 soldat·e·s à la frontière américano-mexicaine. Nous devrions voir cela pour ce que c’est : une manœuvre électorale grossière et farfelue, conçue pour enflammer la base électorale de Trump. Suite à cette manœuvre cynique, Trump a presque complètement cessé de parler de la caravane après le jour du scrutin, comme l’ont souligné certains médias.

Pendant ce temps, les troupes sont occupées à installer des barbelés tout en pratiquant des scénarios de jeu de guerre contre une caravane de personnes âgées, d’enfants et de parents épuisés. Faisant écho à son allié, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Trump a déclaré : « S’ils lancent des pierres, nos militaires réagiront. J’ai dit [aux officiers de la garde nationale] de considérer [les pierres] comme un fusil ». Les groupes anti-immigré·es ayant des antécédents violents, comme les Minutemen, sont également à la frontière, sous l’impulsion de la rhétorique vile et haineuse de Trump.

L’asile est un processus d’obtention de la résidence dans un autre pays, car il n’est pas sécuritaire pour vous de rester dans votre pays d’origine en raison de la persécution ou d’autres raisons. Pour pouvoir demander l’asile aux États-Unis, vous devez déjà être aux États-Unis. Ainsi, le fait de refuser l’entrée aux personnes est l’une des tactiques de la droite pour empêcher les migrant·e·s de recevoir l’asile. L’une des premières démarches de Trump a été de refuser l’asile à toute personne entrant dans le pays en dehors d’un point d’entrée, créant ainsi un nouvel obstacle à l’application. En réalité, Trump tente de mettre fin à l’application d’un droit humain internationalement reconnu (même s’il est souvent violé dans la pratique) à la frontière du sud. Bien entendu, cette « interdiction d’asile » serait contestée devant les tribunaux, mais même si un·e juge fédéral l’invalide, nous ne pouvons pas compter sur la Cour suprême pour défendre le droit d’asile.

Les migrant·e·s ont commencé à atteindre la frontière le 20 novembre. Trump a ordonné que seul·e·s 100 demandeurs·euses d’asile par jour puissent être traité·e·s. Cela a entraîné des retards importants et une tension accrue, aboutissant à l’utilisation de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc par les troupes américaines sur des migrant·e·s sans défense. Certes, une poignée de roches ne fera pas tomber les militaires les plus puissants de la planète. Comme pour toutes choses venant de Trump, cette crise de l’immigration actuelle a été dramatisée à l’extrême. Ce n’est pas seulement aux États-Unis : le nouveau gouvernement italien dans lequel un parti d’extrême droite joue un rôle clé refuse d’autoriser tout navire de migrant·e·s en provenance d’Afrique du Nord à débarquer. En Hongrie, le gouvernement de droite a construit une barrière frontalière pour empêcher l’entrée de migrant·e·s en provenance de « pays musulmans ».

Ces dernières années, la xénophobie à ciel ouvert a pris de l’ampleur, et est activement encouragée par la droite, en particulier par Trump. Historiquement, des sections de la classe dirigeante ont attisé la xénophobie afin d’exploiter la peur et l’insécurité économique de certaines couches de la classe ouvrière. La grande majorité des travailleurs·euses américain·e·s font face à une économie sans emplois aux salaires décents, offrant des emplois de plus en plus mal rémunérés, non syndiqués, et les privant de services sociaux vitaux.

Le discours anti-immigrant·e·s ressemble à ceci : les immigrant·e·s viennent soit pour occuper des emplois de travailleurs·euses américain·e·s, soit pour se livrer à des activités criminelles. Le nouveau tournant dans l’ère post-11 septembre est la désinformation selon laquelle des terroristes djihadistes pénètrent dans la frontière au sud alors qu’ils se cachent parmi les demandeurs·euses d’asile. Mais les migrant·e·s n’ont pas créé les conditions économiques qui laissent tant de travailleurs·euses américain·e·s sans emploi, appauvri·e·s et profondément anxieux·euses — ce sont les grandes entreprises et le système économique capitaliste qui le font. Les immigrant·e·s réagissent simplement à des conditions économiques similaires, souvent plus graves, dans leur propre pays.

Pendant ce temps, la classe dirigeante bénéficie une fois de plus de l’opportunité de semer une division artificielle parmi la classe ouvrière. Manipulant ses conditions économiques médiocres et à l’étranger, la classe dirigeante s’engage dans un exercice d’équilibre qui cherche à acquérir un flux constant de main-d’œuvre immigrante exploitable, tout en menaçant d’expulsion ces travailleurs·euses afin de renforcer leur statut de deuxième classe. Dans le passé, les grandes entreprises américaines ont soutenu la « réforme de l’immigration » tant qu’elles conservent un statut de deuxième classe pour la plupart des « sans-papiers » actuels.

Cette main-d’œuvre immigrante bon marché contribue également à réduire les niveaux de salaire des travailleurs·euses né·e·s aux États-Unis. La déportation sert également à intimider les travailleurs·euses immigré·e·s pour qu’ils/elles n’adhèrent pas à un syndicat, tout comme la menace de sous-traiter leurs emplois à l’étranger dissuade les travailleurs·euses né·e·s aux États-Unis de s’engager dans des activités syndicales.

La direction du parti démocrate se présente comme opposée au fanatisme de Trump et aux attaques contre les immigrant·e·s. Elle s’est opposée à la construction du mur et à la séparation des familles; certain·e·s démocrates influent·e·s sont allé·e·s plus loin et ont soutenu l’appel à « abolir ICE ». Mais ont cédé maintes et maintes fois au moment décisif. Et bien sûr, l’administration Obama a déporté plus de personnes que toutes les autres administrations précédentes combinées! À ce stade, les démocrates ne semblent avoir aucune politique d’immigration cohérente.

La politique d’immigration américaine est un désastre humanitaire. Il est anti-ouvrier et de plus en plus agressif dans sa brutalité. ICE détient actuellement 44 000 personnes. Des archives judiciaires récentes montrent qu’il reste encore 171 enfants séparé·e·s de leur famille et détenu·e·s aux États-Unis plus de quatre mois après qu’un juge ait ordonné à l’administration Trump de réunir toutes les familles séparées à la frontière américano-mexicaine.

Mais à un niveau plus profond, toute la « crise » à la frontière du sud est fabriquée. Plus tôt cette année, un titre dans le New York Times disait tout : « Les postes-frontière ont diminué depuis des années, malgré les déclarations de crise de l’immigration clandestine » (20/06/18). La plus grande source d’immigration aux États-Unis aujourd’hui vient d’Asie.

Pourquoi la caravane s’est-elle développée?

Toutes les démarches de l’administration Trump ont été soutenues par une campagne de propagande soutenue qui tente de décrire les migrant·e·s désespéré·e·s comme une armée envahissante de terroristes et de gangsters.

Cependant, il y a de vraies personnes et d’importants problèmes en jeu. Les migrant·e·s de la caravane sont des personnes en quête d’asile qui fuient la misère et la désintégration violente de la société.

Voici un échantillon de ce que les migrant·e·s ont dû affronter au cours de leur voyage depuis l’Amérique centrale : extorsion de fonds par la police; extorsion par des gangs organisés; les violences d’État commises par des militaires mexicains à la frontière entre le Guatemala et le Mexique; traversées de rivières dangereuses avec des nourrissons, des enfants et des personnes âgées; faim constante, déshydratation et épuisement. Historiquement, la migration en solo a été une expérience encore plus périlleuse pour les travailleurs·euses, en particulier les femmes victimes d’agression et de viol. Il convient de noter que les caravanes de migrant·e·s ne sont pas un phénomène nouveau. En raison des dangers de voyager à travers le Mexique, les migrant·e·s trouvent qu’il est plus sûr et moins coûteux de voyager par groupes au nord. La caravane actuelle a été créée au départ pour des raisons de sécurité, pas pour envahir les États-Unis.

Histoire de l’impérialisme américain

La politique étrangère américaine, particulièrement brutale en Amérique centrale, a conduit à des régimes particulièrement brutaux et à des zones de domination des cartels de la drogue. C’est le résultat de la politique de « guerre à la drogue » menée par les administrations américaines successives. Des centaines de milliers de personnes fuient la violence et l’instabilité. L’argent des contribuables américain·e·s a également été utilisé pour financer la School of the Americas de Fort Benning, en Géorgie, où des officiers·ères de l’armée de plusieurs pays d’Amérique latine ont été formé·e·s à la contre-insurrection et à la torture.

Un exemple récent est le Honduras où Barack Obama et Hillary Clinton (quand elle était secrétaire d’État) ont soutenu le coup d’État militaire de 2009 du président Zelaya, un populiste de gauche qui avait adopté de légères réformes du travail et de la terre. Après des élections factices soutenues par l’administration Obama, plusieurs militant·e·s du Front national de résistance populaire et plusieurs journalistes ont disparu, rappelant ainsi l’histoire profondément répressive de la région. Notamment en 2016, la dirigeante environnementale et autochtone Berta Caceres a été assassinée après des années de lutte contre les inégalités, la dégradation de l’environnement et le pouvoir des multinationales centrées autour du barrage hydroélectrique Agua Zarca.

Sur le plan économique, les accords commerciaux multinationaux successifs, tels que l’Accord de libre-échange centre-américain (CAFTA), ont entraîné une augmentation des inégalités et une pauvreté extrême. Ces accords garantissent le statut d’une toute petite élite dirigeante qui supervise le sous-développement permanent de leurs pays respectifs pendant que les États-Unis exploitent leurs matières premières et leur main-d’œuvre bon marché. Les peuples d’Amérique centrale ont besoin d’une coopération régionale fondée sur la solidarité de la classe ouvrière et non sur les bénéfices des multinationales. Une telle confédération socialiste des Amériques entraînerait un transfert massif de ressources qui profiterait énormément aux pays et régions les plus pauvres et permettrait aux populations de vivre en sécurité avec des emplois décents dans leur pays d’origine.

Solidarité des travailleurs et travailleuses!

Soyons clairs, chers collègues : les migrant·e·s sont des travailleurs·euses qui demandent l’asile à des gouvernements répressifs et cherchent désespérément du travail pour pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Ce ne sont pas des terroristes. Ils/elles ne sont pas des gangsters ou des pigistes. Ce sont des ouvriers·ères. Nos sœurs et frères, nos nièces et nos neveux. Des innocent·e·s lié·e·s dans un système coupable. Un système coupable d’exploitation, de privation et de désespoir. Coupable de négligence cruelle ou d’oppression meurtrière.

Le Capital ne reconnaît pas les frontières nationales. Il traverse librement les frontières à la recherche de profits, laissant derrière lui la misère et la destruction. Les forces puissantes qui contraignent ces migrant·e·s, ces réfugié·e·s économiques et demandeurs·euses d’asile, sont produites par le capitalisme. Le chaos du marché mondial et la soif de profit impérialiste déplacent des millions de travailleurs·euses et de pauvres dans le monde entier.

Le seul moyen de garantir l’élévation du niveau de vie de tou·te·s les travailleurs·euses est d’exiger des droits et des avantages pour tou·te·s les travailleurs·euses. De plus, les syndicats doivent jouer un rôle actif et décisif dans le dossier de l’immigration, rejetant et plaidant contre les idées anti-immigration.

Ce que Socialist Alternative demande :

• Retirer les troupes de la frontière immédiatement. Non à un mur frontière militarisé.
• Construire un mouvement pour défendre les immigrant·e·s de la violence et de l’intimidation de la droite;
• Embaucher plus de personnes pour traiter toutes les demandes d’asile dès que possible;
• Les entreprises américaines ont réalisé des milliards de dollars en exploitant l’Amérique centrale, qu’on impose à ces grandes entreprises de payer pour la réinstallation des réfugié·e·s et des demandeurs·euses d’asile, tout en construisant des logements abordables pour tou·te·s;
• Abolir ICE et mettre fin aux politiques de détention inhumaine et d’expulsion massive, ainsi que redonner des droits légaux complets pour tou·te·s les immigrant·e·s;
• Mettre sur pied un programme massif de reconstruction des infrastructures nationales sur des lignes vertes, créant des millions d’emplois syndiqués bien payés pour les non-immigrant·e·s et les immigrant·e·s. Taxer les grandes entreprises pour financer une éducation, un logement et des soins de santé de qualité pour tou·te·s;
• Instaurer un salaire minimum national de 15 $ et des droits syndicaux pour tou·te·s les travailleurs·euses.

La caravane de migrant·e·s à laquelle nous assistons n’est pas le théâtre de l’absurde. C’est le réel dans sa forme la plus brute et inflexible. C’est une mise en accusation du capitalisme et de l’impérialisme en temps réel. Un miroir brisé appelant tou·te·s les travailleurs·euses à la solidarité. Dernière révélation du choix ultime de l’humanité : la barbarie ou le socialisme.